Shmiel Mordche Borreman

Entretien avec Shmiel Mordche Borreman – Partie 1 : Histoire du sionisme 1


Le Cercle des Volontaires est allé à Anvers (Belgique) à la rencontre de M. Shmiel Mordche Borreman et son épouse, madame Hadassah, grands militants anti-sionistes. Nous nous sommes intéressés à l’histoire du sionisme et au judaïsme dans son combat contre cette idéologie.

Par E.I. Anass, LCercle des Volontaires

Shmiel Mordche Borreman est le représentant d’un cercle d’Études Rabbinique, sans pour autant être rabbin lui-même. Il est un grand militant de la cause antisioniste. Nous reviendrons dans une prochaine vidéo sur son parcours militant. Il est aussi l’initiateur avec le Centre Zahra de France d’une alliances stratégique et amicale entre le Judaïsme et l’Islam contre le sionisme.

Dans ce premier épisode, M. Shmiel Mordche Borreman aborde les thèmes de l’histoire du sionisme, l’intérêt des sionistes sur la Palestine et la raison pour laquelle les juifs ont été expulsés de la Terre Sainte.

Shmiel Mordche Borreman

Retranscription :

Shmiel Mordche Borreman : L’affirmation selon laquelle « l’État » – si on peut ainsi dire – l’entité sioniste a été fondée en 1948, suite à la deuxième guerre mondiale, c’est uniquement une suite chronologique. Si la deuxième guerre mondiale n’avait pas eu lieu, ils auraient peut-être leur État dix ou vingt ans après. Mais tous les événements de la deuxième guerre mondiale leur ont permis de tirer la couverture de leur côté.

Leur but d’avoir un État existe effectivement depuis le début du sionisme. En fait, le sionisme de la fin du XIXe siècle est un mouvement qui est né dans la mouvance des différents nationalismes qui existaient en Europe à ce moment-là, en Autriche-Hongrie plus particulièrement. Ce n’est pas pour rien que Théodore Herzl est Viennois.

Leur but initial était d’avoir une attitude indifférente, mais contre les religions et de donner un ersatz, de donner autre chose qu’ils ont trouvé dans le nationalisme, et à un certain égard de donner leur propre définition, c’était d’être un État comme les autres. Naturellement par « un État comme les autres », il faut entendre comme les États de l’Europe occidentale, les États impérialistes car Herzl s’est proposé auprès des grands de ce monde, il disait « si nous recevons une indépendance, une place en Palestine, nous voudrions être un rempart contre la barbarie asiatique ». On voit dans quelle catégorie ces gens pensaient. D’une certaine façon, dans les milieux où ils étaient, c’était une façon normale de voir les choses car toutes les grandes puissances avaient des colonies et se partageaient le monde, et ils [les sionistes] voulaient avoir une place similaire.

Au début, dans l’aspect colonialiste, Herzl ne voulait même pas fonder son projet d’État – qu’il avait appelé « Etat juif » -, il ne voulait même pas l’installer en Palestine et toutes les options étaient ouvertes. Il y avait un projet pour s’installer en Argentine et un projet pour s’installer en Afrique, qu’on appelait le projet d’Ouganda. En réalité c’est un petit morceau de terre au Kenya qu’il convoitait, ce qui ne change en rien à l’ensemble du projet. En fait, son but, comme dans les écrits et déclarations qu’il a laissé de son vivant dans les différents congrès sionistes, était bien d’avoir une terre, mais le projet n’était pas encore lié à la Palestine dans laquelle il pouvait créer si on veut un juif avec une identité complètement changée. Il en avait marre de cette grande masse de pauvres en Europe orientale qui émigrait vers l’Amérique. Il avait un idéal d’en faire des citoyens à sa façon. De son temps d’ailleurs, la langue, l’hébreu moderne, n’existait pas encore. Il y a des paroles d’Herzl dans lesquels il dit : « je ne sais même pas comment commander un ticket de train si c’est en hébreu ». On voit le caractère artificiel du projet et qui n’est nullement, comme tout le monde le pense, une prolongation du judaïsme et à fortiori du Talmud et que le sionisme soit une obligation comme il le présente tel quel alors que ce n’est pas le cas.

Maintenant, comment est venu aux sionistes l’idée de s’installer en Palestine ? C’est un missionnaire chrétien qui l’a suggéré à Herzl à l’ambassade de Grande Bretagne à Vienne. Je ne sais plus dire son nom par cœur, et ça n’a pas de grande importance, c’est lui qui a réussi à suggérer à Herzl que si les juifs sont désintéressés pour le moment de son projet, c’est uniquement lorsqu’il s’intéressera à la Palestine que sentimentalement il mettra les juifs de son côté. Et effectivement, Herzl a fait son premier congrès, qui devait avoir en Allemagne. Les juifs allemands avaient alerté les autorités afin qu’ils interdisent le congrès sioniste en Allemagne, à Munich, donc ils sont partis faire leur congrès en Suisse. Et à ce moment-là, Herzl avait déjà deux ou trois personnes religieuses qui ont crus s’associer à leur mouvement, mais les sionistes religieux sont restés longtemps très minoritaires.

Nous enseignons par une parabole, dans le talmud, « au début, il y avait les arbres et le fer. Les arbres n’avaient rien à craindre du fer jusqu’au jour où des morceaux de fer se sont joints aux morceaux de bois. Et à ce moment-là seulement, qu’il y a le grand danger d’être abattu ». Et c’est la même chose qui s’est passé pour le sionisme, qui a réussi à acheter -dans le sens littéral- une partie des juifs religieux et qui ont fondé un parti sioniste religieux. Et c’était des grandes têtes, et non des ignares ou des juifs qui passaient l’après-midi au café et à jouer aux cartes. Un parti qui se voulait au départ anti-sioniste, l’Agoudat, est rentré dans le jeu lorsqu’ils ont vu les sionistes s’installer pour de bon en Palestine. Ils ne voulaient pas laisser les sionistes avoir le champ libre et ont décidés de s’installer aussi en Palestine pour faire opposition. On peut penser que c’est une noble idée, mais c’est un grand échec. Tant que les anglais étaient avec le mandat en Palestine, ils ont toujours la langue fourchue : ils promettent aux uns une solution et aux autres une autre solution, comme avec leur agent Lawrence d’Arabie. En Palestine, ils avaient prêché aux dirigeants arabes qu’après la guerre, nous vous donnerons satisfaction d’avoir une république de Palestine pour être indépendants et promettaient aux sionistes la même chose lors de la soi-disant déclaration de Balfour, d’obtenir satisfaction.

Tant qu’il y avait le mandat, les antisionistes sur place, avec le soutien dans nos pays ici, s’opposaient au sionisme. Ce qui est le précurseur de l’ONU, la Société Des Nations (SDN), donnait un mémorandum et prévenait que le sionisme allait avoir comme résultat des crises graves. Justement, il y a un des chefs de l’antisionisme, le Tsadik (en hébreu, l’homme juste) Dahan, un juif hollandais, qui au départ était contre le sionisme. Dahan était un tel danger pour les sionistes qu’ils l’ont assassiné à Jérusalem en 1924. Après la mort d’Israël Dahan, ça a affaibli très gravement le mouvement anti-sioniste. Ca destinait déjà à l’horizon que les juifs anti-sionistes avaient pu obtenir des anglais pendant le mandat une autonomie religieuse pour bien montrer qu’ils ne font pas cause commune avec les dirigeants sionistes et c’était le maximum qu’ils pouvaient obtenir, ce qui était assez faible. Les sionistes, pendant les persécutions nazies contre les juifs en Europe, ont émis l’idée qu’ils seront les sauveurs des juifs et qu’ils doivent venir en Palestine. Leur projet ne s’appelait toujours pas « Israël » car le nom d’Israël biblique c’est quand les juifs sont en position de force, des vainqueurs, et Jacob lorsque nous sommes maintenant en exil et en position faible : c’est l’autre dénomination biblique. On ne parlait pas encore d’Israël à ce moment-là, mais simplement d’avoir un État juif. Et lorsqu’ils auront leur État qu’ils appellent « juif », ça sera uniquement pour les gens qu’ils voudront et les habitants du pays qui sont là depuis toujours n’auront qu’à trouver une place autre part, ce qui est naturellement une insolence absolue, mais c’est le caractère même de l’idéologie sioniste.

Concernant la question « pourquoi les juifs ont été expulsés de terre sainte ? », les juifs ont été amenés en terre sainte pour y être un peuple sain et une « population pilote » afin de montrer comment les êtres humains doivent être entre eux pour rétablir l’harmonie entre le Saint-Créateur et ses créatures. Ça devait se comprendre ainsi mais malheureusement, à cause de nombreux pêchés de nos ancêtres, le projet qui était biblique a échoué et la seule possibilité à ce moment-là était soit l’État juif disparaît, soit les juifs-mêmes disparaissent. Dans notre foi, le Saint-Créateur a eu pitié de nous et a fait cesser l’État et le temple, et nous a permis de survivre en exil et en état de dispersion. Nous devons attendre de rétablir nos fautes et que le messie vienne nous émanciper et nous rapporter à notre mission, notre devoir initial. Tant qu’on est en exil, nous n’avons pas le droit de nous révolter contre les nations ; bien au contraire, dans les pays où nous sommes bien traités, nous devons être reconnaissants envers les autorités qui nous laissent en paix dans notre domaine, pratiquer notre religion et qui nous laissent être de nos jours même plus seulement tolérés, mais avec les mêmes droits et les mêmes possibilités que les autres citoyens. C’est tout à fait contraire à l’esprit du judaïsme de se révolter contre les nations, de leur faire du chantage sous toute sorte de prétextes historiques et soi-disant judaïque, donner encore de l’argent et de demander à payer assez. C’est l’extrême contraire et ça fait perdurer l’exil. Nous ne pouvons pas mettre un terme à l’exil sinon par notre comportement qui permettra à Dieu de nous envoyer le messie et d’y mettre fin. Avant cela, nous n’avons aucun droit de nous révolter contre l’exil et déjà en cela le judaïsme est incompatible au sionisme car le sionisme veut mettre fin de manière absurde à l’exil et cet exil n’est pas seulement physique, c’est aussi une notion spirituelle. Ils n’ont pas la spiritualité dans le sens où nous l’avons.

Hadassah Borreman : Justement, il y a un des principes de la foi du judaïsme qui dit que le messie viendra, en cela les sionistes ont failli. La base du judaïsme, est en partie l’acceptation des treize principes de foi selon Maïmonide et si un juif n’est pas d’accord avec un de ces points, il se met lui-même en dehors du peuple juif. Un des principes est qu’on attend le messie chaque jour, mais les sionistes naturellement se disent juifs mais c’est un mouvement politique et non religieux, ils ne tiennent pas compte du judaïsme et des serments, que Dieu a conjuré le peuple juif d’attendre le messie. Ils ont mis en quelque sorte fin à l’exil que les juifs doivent vivre, en créant donc cette entité sioniste et naturellement, c’est très grave lorsqu’on rompt un serment divin. C’est pour ça que c’est interdit d’être en masse en terre sainte pendant le temps de l’exil, et encore plus pour les sionistes qui n’ont rien à voir. Ils font tout en notre nom et le fait d’être interdit d’être en masse, c’est aussi interdit d’avoir un État. Donc on voit bien que l’État sioniste est vraiment un blasphème contre Dieu et ça jette aussi une mauvaise lumière sur les juifs mêmes.

Propos de Shmiel Mordche Borreman recueillis par E.I. Anass, pour le Cercle des Volontaires

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Source : LCercle des Volontaires Shmiel Mordche Borreman / Par E.I. Anass, le 02.08.2014 / Relayé par metatv.org

Voir aussi : Le sionisme et le régime nazi : un texte important de Klaus Polkehn enfin disponible en français

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